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A TOULOUSE LE CAPITALISME A TUÉ
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A Toulouse le capitalisme a tué
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A Toulouse le capitalisme a tué
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Alors que le Gouvernement de la Gauche plurielle déployait spectaculairement les forces de l'armée et de la police pour, soi-disant, protéger la population contre des attentats imaginaires perpétrés par des terroristes tout aussi imaginaires, une formidable explosion, bien réelle celle-là, dévastait le 21 septembre l'usine d'engrais A.Z.F. et les quartiers avoisinants de l'agglomération toulousaine, faisant trente morts (dont vingt travaillant a l'intérieur de l'usine) et 2500 blessés. 25000 logements ont été touchés par l'explosion, dont 16000 HLM, évidemment plus ou moins gravement selon les cas, mais fin octobre 11000 familles étaient encore sans logement. 5 à 7000 travailleurs sont toujours en chômage technique dans différentes entreprises de sous-traitance ou affectées par les dégâts de l'explosion.

Alors que des politiciens locaux faisaient courir le bruit que l'explosion était due à un attentat terroriste, s'appuyant ignoblement sur le cadavre d'un travailleur immigré qui aurait eu quelques jours auparavant une engueulade avec un employé arborant le drapeau américain, thèse (qui aurait bien fait les affaires des notables et des industriels) diffusée au niveau national par «Valeurs Actuelles», «Le Figaro», et «Le Monde», la Justice concluait assez rapidement à un accident, au vu des conditions déplorables du stockage des produits qui ont explosé.

Mais en fait il ne s'agit ni d'un attentat, ni d'un accident, mais bel et bien d'un crime, d'un crime commis par le capital contre les prolétaires et contre les habitants des quartiers populaires. Comme toujours c'est la loi du profit qui commande, qui pousse la course à la productivité (produire plus avec moins de travailleurs) c'est-à-dire à l'augmentation de l'exploitation, en rognant sur tous les «faux frais» qui pèsent sur les profits. Marx expliquait qu'il s'agissait d'une loi du capitalisme:
«
En raison des antagonismes et des contradictions que recèle sa nature, le système de production capitaliste en arrive à compter au nombre des économies dans l'emploi du capital constant et donc au nombre des moyens d'élever le taux de profit, même le gaspillage de la vie et de la santé de I 'ouvrier, l'avilissement de ses conditions, d'existence. (..) Cette économie va jusqu'à (..) ne pas prendre de mesures de sécurité dans les procès de production insalubres de par leur nature ou périlleux comme dans les mines, etc. (..) Du point de vue capitaliste, ces dépenses constitueraient un gaspillage inutile et déraisonnable. En dépit de sa ladrerie, la production capitaliste est d'ailleurs fort gaspilleuse en matériel humain» (1).
Marx relatait aussi comment les industriels contournaient ou ne respectaient pas du tout les règles de sécurité pour faire des économies, etc.

Dans le capitalisme ultramoderne d'aujourd'hui rien n'a changé des lois du capitalisme et de leur mépris de la vie humaine face à la recherche du profit. L'usine AZF respectait, paraît-il, les consignes «Seveso» (règles de sécurité édictées pour les entreprises dangereuses) et elle avait même récemment obtenu une norme 150 en matière de en matière de respect de l'environnement (ce fameux respect de l'environnement sera une nouvelle fois démontré quelques semaines après l'explosion par le rejet dans la Garonne de produits toxiques)! Mais selon les témoins, le lieu de stockage ressemblait à un «dépotoir pour le rebut» et, selon le procureur, les produits étaient entreposés «contrairement à toutes les règles», il n'y avait aucun système de sécurité dans le hangar où se trouvaient ces produits.

La presse a relaté les déclarations de syndicalistes expliquant que ce qui est arrivé est
«
la conséquence de la politique menée par le patronat de la chimie depuis une dizaine d'années. Des années faites de plans sociaux et de réduction d'effectifs à répétitions, d'investissements de plus en plus faibles [dans la maintenance, un secteur clé dans la chimie] et de sous-traitance à outrance» (2)
alors que la production n'a pas diminue. L'usine AZF était ainsi passée de plus 2000 travailleurs il y a vingt ans à moins de 480 aujourd'hui, travaillant par équipes 24 heures sur 24. On comprend donc pourquoi pour les dirigeants du groupe, AZF était une installation qui marchait bien et avait d'excellents résultats en matière de sécurité et d'environnement!

Si les patrons ont en pris à leur aise avec la sécurité de leurs ouvriers, les bourgeois locaux et les services de l'Etat ont fait de même avec celle de la population, surtout prolétarienne bien sûr. Les HLM du quartier du Mirail et d'Empalot avec leurs dizaines de milliers d'habitants, avec leurs écoles, etc., ont été construits au fil des années à proximité des usines chimiques; ce sont les habitants de ces quartiers ouvriers qui ont le plus souffert et qui sont aujourd'hui - et pour combien de temps encore? - dans des logements de fortune, ce sont eux qui se plaignent d'être les laissés pour compte de la catastrophe.

A ceux qui depuis des années évoquaient les dangers que faisait courir cette usine à la population, les officiels et les notables répondaient que toutes les mesures de sécurité étaient prises et que, selon les experts, il n'y avait aucun risque que se produise un accident grave au point d'avoir des conséquences en dehors de l'usine (3)! Ce sont probablement les mêmes «experts» - experts dans la façon d'arriver à des conclusions favorables aux bourgeois - qui affirmaient impossible une explosion des produits chimiques entreposés, alors que plusieurs explosions de ce genre ont eu lieu dans le monde... «Le Monde» du 3 octobre cite des témoignages révélateurs des mensonges de l'industriel et de la complicité des responsables en matière de sécurité (4). Ajoutons que les exercices de sécurité étaient rarement faits, les incidents minimisés, etc.

Quand les responsables syndicaux ont multiplié après l'explosion les déclarations en faveur de «leur» usine, ils étaient fidèles à leur vocation de collaboration des classes, de serviteurs des patrons. Il peut paraître plus surprenant que des ouvriers aient affirmé dans les médias qu'ils espéraient pouvoir reprendre le travail au plus vite après avoir échappé à la mort dans la catastrophe. Mais c'est là la situation dramatique des prolétaires dans la société bourgeoise, où ils sont trop souvent obligés de risquer leur vie pour pouvoir la gagner, pour pouvoir vivre, pour échapper au chômage et à la misère.

Ce qui s'est passé à Toulouse risque de se repasser ailleurs demain parmi l'une ou l'autre des 1250 usines classées Seveso (et d'ailleurs dans la même semaine une verrerie classée Seveso brûlait en partie en Seine Maritime, heureusement en ne faisant que des dégâts matériels) ou parmi d'autres. Dans les jours qui ont suivi la catastrophe de Toulouse, les mesures d'inspection décidées d'urgence parmi certains de ces établissements (il nous étonnerait beaucoup que les inspections soient régulières et que les services chargées de la sécurité disposent de suffisamment de moyens, humains et matériels, pour qu'elles soient efficaces) ont «révélé» de graves violations des consignes de sécurité. Mais surtout, le cas d'AZF a démontré que ces fameuses règles Seveso ne protégeaient rien du tout.

Ce n'est pas une mauvaise politique, la rapacité exceptionnelle d'un patronat, la complaisance ou la vénalité particulières de notables et d'officiels locaux, qui au fond sont responsables de ce qui s'est passé, comme voudraient le faire croire les réformistes de toute espèce: c'est la loi du profit qui est responsable des morts, des blessés et des destructions, c'est le capitalisme qui a tué à Toulouse.

Il n'est pas possible de se protéger d'une menace pareille par l'élections d'autres politiciens qui imposeraient la volonté populaire aux industriels et aux bourgeois ou par la promulgation de règles plus sévères, parce que dans le système politique bourgeois ce sont les intérêts de la classe dominante qui s'imposent aux politiciens, même écologistes ou de gauche, qui façonnent la volonté populaire et qui sont plus forts que tous les règlements. Il ne peut exister de capitalisme qui, à la suite de réformes sociales, ferait passer la vie humaine, la santé, la sécurité des prolétaires et de leur famille, avant les profits; il ne peut exister d'Etat bourgeois qui, sous la pression de l'opinion, des urnes ou des manifestations, imposerait aux capitalistes de ne plus se comporter en capitalistes. Tous ceux qui prétendent le contraire mentent aux prolétaires: ce sont des gens au service de la bourgeoisie et du Capital.

Il n'y a qu'une façon pour se protéger des dangers du capitalisme: la lutte de classe intransigeante pour défendre les intérêts prolétariens, la rupture totale avec la défense des intérêts de l'entreprise, de la région ou de la nation, c'est-à-dire avec les intérêts bourgeois. Il n'existe qu'une solution pour les faire disparaître: le renversement du capitalisme, la liquidation de la mortelle loi du profit par la révolution prolétarienne. Tout le reste n'est que de la poudre aux yeux déversée par les bourgeois et leurs laquais, par les criminels et leurs complices.

Notes:
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  1. Cf. Le Capital, Livre III, 1, 5: «L'économie dans l'emploi du capital constant», Marx donne des exemples, entre autres, de l'économie dans les mesures de sécurité dans les usines, en affirmant:
    «
    Une grande proportion des communiqués de bataille qui énumèrent les blessés et les morts de I 'armée industrielle n 'a pas d'autre origine». [back]
  2. cf. «Libération», 22-23/9/1. On peut citer aussi la disparition des postes de pompiers professionnels «pour des raisons de rentabilité». [back]
  3. «Quelles que soient les dispositions prises, qui rendent un éventuel accident grave extrêmement improbable, il n'est pas possible d'en exclure l'éventualité. Les accidents les plus vraisemblables ont été étudiés: aucun n'engendrerait de conséquence en dehors des limites de l'usine»
    affirmaient catégoriquement les experts qui ont mis au point le plan de sécurité (PPI) dans la cadre de la directive Seveso. cf. «Le Nouvel Observateur» no. 1925.
    [back]
  4. Le quotidien cite des élus écologistes qui avaient accepté l'extension du site, affirmant qu'ils avaient «cru l'industriel» quand il affirmait que la sécurité était améliorée:
    «Je sais maintenant qu 'on ne m 'a pas dit toute la vérité» (si on ne plus croire un industriel, c'est à désespérer un écologiste!). Un urbaniste affirme, à propos du tracé de la zone de sécurité:
    «
    Le problème, c'est que le trait était mal tracé, par méconnaissance ou par mauvaise foi» (mais il était bien tracé pour permettre des constructions de logements).
    Une autre personne déclare:
    «
    La réglementation moderne est une régression par rapport à la réglementation napoléonienne ou même à la coutume de Paris qui prévoyait un éloignement des sites dangereux de cinq lieues».
    Non seulement ce qu'écrivait Marx n'a pas été infirmé par plus d'un siècle de progrès capitaliste, mais le capitalisme moderne, en matière de sécurité, a régressé par rapport à la période précapitaliste...
    [back]

Source: «Le Prolétaire», numéro 459 Oct. - Nov. 2001

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