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ALGÉRIE: LA SEULE SOLUTION EST LA LUTTE RÉVOLUTIONNAIRE PROLÉTARIENNE CONTRE LA BOURGEOISIE ET SON ÉTAT
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Algérie: la seule solution est la lutte révolutionnaire prolétarienne contre la bourgeoisie et son État
La situation économique et sociale
Les luttes ouvrières
Quelles perspectives?
Le terrorisme de l'état bourgeois
Notes
Source


Algérie: la seule solution est la lutte révolutionnaire prolétarienne contre la bourgeoisie et son état
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Dans le précédent n° du «Prolétaire» nous écrivions à la mi-mai que si le calme régnait à nouveau en Kabylie à la fin mai, de nouvelles explosions étaient inévitables et qu'elles toucheraient tout le pays. Il n'aura fallu attendre que quelques semaines pour que ce facile pronostic se réalise. Dès le début du mois de juin les émeutes ont repris, pour répondre à des exactions des gendarmes, pour protester contre les conditions de vie déplorables dont souffrent les masses (absence d'eau courante, de logements, de travail, etc.) ou contre tel ou tel méfait particulier de l'administration étatique ou communale. Si le foyer principal était et reste encore sans aucun doute la Kabylie (wilayas de Tizi-Ouzou, Setif, Bejaïa, Bouira, etc.), elles ont gagné aussi pratiquement tout l'Est du pays: le Constantinois, les wilayas de Skikda, Annaba, d'Oum-El-Bouaghid, Tébessa, etc., ainsi que les Aurès, région censée être le bastion du régime, à Kenchela, et le Sud. Les bâtiments publics (mairies, centre des impôts, tribunaux, casernes de gardes communaux, etc.) sont attaqués, ainsi que des restaurants de luxe, des boîtes de nuit, des villas de richards, des commerces, des sièges des partis au pouvoir nationalement ou localement, les associations d'anciens combattants, etc.: tout ce qui représente aux yeux des jeunes révoltés la classe des privilégiés et les structures de l'Etat qui les opprime.

Outre les émeutes, des grandes manifestations de protestation ont eu lieu, rassemblant des milliers, des dizaines de milliers et parfois des centaines de milliers de manifestants: cela a été le cas bien sûr de la gigantesque marche sur Alger organisée le 14 juin à l'appel de la coordination inter-wilayas (que les forces de répression ont réussi à tenir à distance de ses objectifs), mais aussi d'autres qui, pour avoir eu moins de retentissement médiatique à l'étranger, ont cependant rassemblé des masses énormes comme à Tizi-Ouzou ou Bejaïa; pour la première fois des manifestations de milliers de femmes ont également lieu. Parallèlement s'est développé un mouvement spontané d'occupation delogements vides: preuve de la profondeur du mouvement, tous les problèmes sociaux, qui avaient été refoulés depuis des années par la double terreur des bandes islamistes et des nervis de l'Etat, resurgissent en pleine lumière.

La situation économique et sociale
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Si l'augmentation et la stabilisation depuis plusieurs mois des prix du pétrole à un niveau élevé remplit les caisses de l'Etat et du capitalisme algériens, cette amélioration non seulement ne retentit pas sur la situation des travailleurs et des masses exploitées, mais elle annonce au contraire une aggravation de l'exploitation bourgeoise. En effet, répondant aux besoins impérieux du capitalisme national comme aux pressions des milieux capitalistes internationaux, la classe dominante algérienne, comme cela se passe dans les autres pays, s'est lancée dans la privatisation des nombreuses entreprises d'Etat qu'elle avait pu constituer autrefois grâce à la rente pétrolière. Souvent peu rentables, ces entreprises en sont venues à représenter un fardeau croissant pour l'économie du pays: leur privatisation se solde par la disparition de celles qui ne sont pas compétitives, et leurs prolétaires jetés à la rue, tandis que les autres sont «restructurées» avec ce que cela signifie d'intensification de l'exploitation et de licenciements. Même les entreprises d'Etat qui marchent bien, comme le secteur du pétrole, doivent être ouvertes au capital privé - en l'occurrence étranger - afin de permettre l'investissement de capitaux qu'elles nécessitent: elles n'échapperont pas au diktat du capital: produire plus avec un coût moindre. C'est pourquoi, inquiètes pour leur situation de parasite, les bureaucraties syndicales menacent de déclencher la lutte des prolétaires. En parlant de vouloir défendre l'«héritage socialiste» (sic!) de Boumediene, elles ont sans aucun doute comme but de donner une fausse orientation aux travailleurs; mais elles font aussi office de cette façon de porte-parole des couches moyennes qui se sont développées dans ces entreprises sur le dos des travailleurs, et qui se sentent aujourd'hui menacées; leur objectif implicite est d'arriver à un compromis avec la bourgeoisie et son Etat, compromis dont les prolétaires feront les frais au nom des sacrifices pour l'économie nationale.

Selon l'Office National des Statistiques, un peu plus de la moitié de la population est au-dessous du seuil de pauvreté. En 2000 (dernières statistiques publiées), le nombre de chômeurs était de 2,4 millions, soit un taux de chômage de 30 % de la population active contre 26,4 % en 1997, en dépit d'un «plan de lutte contre le chômage» qui aurait dû créer 800.000 emplois; ce plan n'a jamais le stade des déclarations officielles... 85 % des chômeurs sont des jeunes; chaque année de 325 à 350.000 jeunes (dont plus du tiers est analphabète) arrivent sur le marché du travail, et seulement 8 % arrivent à trouver un emploi! En 5 ans (1995-2000) 1500 entreprises ont été liquidées, supprimant 300.000 emplois. Plus généralement, au cours de la dernière décennie, l'économie algérienne au lieu de créer des emplois, en a au contraire fait disparaître 600.000! On comprend dans ces conditions que l'une des revendications les plus constamment mises en avant dans le mouvement est celle d'une allocation pour les sans-emplois.

Lors de sa récente visite aux Etats-Unis, Bouteflika s'était vu reprocher la lenteur des réformes pour libéraliser (c'est-à-dire ouvrir aux capitaux internationaux) son économie, reproche répété lors du G8 (1), étant entendu que c'est essentiellement le secteur du pétrole et du gaz qui est visé. Il n'a pourtant cessé de déclarer publiquement que le secteur public tel qu'il existe est moribond et que les privatisations sont inéluctables. L'Algérie vient déjà d'ouvrir le secteur minier aux investissements étrangers, tandis que par ailleurs un accord a été signé avec la société anglo-hollandaise B.P. dans le pétrole, qui n'est sans doute que le premier d'une série: alléché, le groupe français Total-Fina-Elf a annoncé fin juin qu'il était intéressé par des investissements dans ce secteur. Les milieux impérialistes attendent avec impatience les réformes promises; les quelques critiques contre la répression bestiale des émeutes et le non-respect des «droits de l'homme» ne sont que de la poudre aux yeux, ou un moyen supplémentaire de pression sur les autorités algériennes, qui ne peuvent être prises au sérieux que par des gens qui veulent se vendre à tel ou tel impérialisme (2).

Les luttes ouvrières
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Le mécontentement croissant parmi les masses exploitées s'est d'abord manifesté depuis des mois et des mois par des grèves contre des licenciements à l'occasion de la privatisation d'entreprises ou pour le paiement d'arriérés de salaires. L'année dernière le conflit dans la métallurgie avait marqué le front social. Les 8000 ouvriers en grève d'Alfasid à Annaba avaient essuyé des tirs de balles en caoutchouc lorsqu'ils avaient tenté de sortir en manifestation du complexe sidérurgique. L'UGTA avait été obligé d'organiser une journée d'action qui avait vu la participation de 100.000 ouvriers. Ce printemps le point culminant avait été constitué par la journée de grève des travailleurs du pétrole organisée par les syndicats le 23 mars pour protester contre les projets de privatisation. Au-delà des intentions des bonzes syndicaux, cette journée, à laquelle s'étaient joints les ouvriers de la métallurgie (complexes sidérurgiques) et, de façon variable, d'autres secteurs, a montré la détermination et la puissance des prolétaires quand ils entrent en action, même pour une simple journée «de protestation». La grève avait été très suivie, en particulier dans certaines wilayas comme celle de Tizi-Ouzou, et l'activité du pays s'était presqu'arrêtée en raison de la pénurie d'essence; pour la première fois depuis longtemps, par exemple, les ouvriers de la SNVI (usine de camions), principale usine de la zone industrielle d'Alger (Rouiba) et fleuron de l'industrie algérienne, qui compte un peu moins de 10.000 salariés, avaient débrayé et organisé un cortège de 6000 manifestants, étroitement encadrés il est vrai par la bonzerie syndicale, et, à distance, par les forces de police.

Selon son habitude, l'appareil syndical de l'UGTA fait son possible pour détourner, paralyser ou prévenir les luttes ouvrières, comme à la SNTF (Chemins de Fer) en juillet.

Au début du mois d'août la SNVI se remettait en grève, sur des revendications d'augmentation de salaire; au bout de presqu'une semaine, après que les bonzes aient réussi à faire reprendre le travail pour que les négociations se déroulent dans un meilleur climat (!) et après qu'ils aient réussi à empêcher des «débordements», ils faisaient accepter une augmentation d'environ 800 dinars par mois, jugée précédemment insuffisante par les grévistes.

Il est important de signaler à l'inverse le cas de la grève illimitée avec occupation déclenchée fin juin par les travailleurs de l'ETUSA (Transports urbains d'Alger): cela faisait plus de 3 mois que les 2000 employés n'avaient pas touché de salaire au point de ne plus savoir comment nourrir leur famille, les commerçants ne leur faisant plus crédit! Les salaires n'ont été augmentés et payés que pour les cadres et... les syndicalistes. La grève a été déclenchée en dehors du syndicat, parce que celui-ci, selon les déclarations des grévistes, «joue contre les intérêts des travailleurs». Certains travailleurs qui avaient essayé de provoquer, comme la loi le permet, des élections pour mettre sur pied une nouvelle section syndicale ont été licenciés. Le bonze syndical de l'entreprise, présenté comme un travailleur de base, était d'ailleurs apparu sur les écrans de télévision pour dénoncer les manifestants du 14 juin qui s'en étaient pris aux bus, alors que, selon lui, les travailleurs ne songeaient qu'à défendre «leur» entreprise!

Les luttes ouvrières ne sont donc pas absentes, et si elles sont passées ensuite au second plan lors des manifestations et des émeutes, elles ont en réalité frayé la voie à cette explosion sociale. Redoutant que les mesures économiques prévues pour les mois qui viennent soient contrariées par un renouveau de l'agitation prolétarienne, les autorités comptent sur l'action des syndicats pour parer à ces difficultés: sans organisation propre, de classe, les poussées ouvrières les plus combatives sont condamnées à être stérilisées par les forces du collaborationnisme entretenues par la bourgeoisie elle-même.

Quelles perspectives?
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De vastes masses de sans-réserve, les couches prolétarisées issues de la campagne ou de la petite-bourgeoisie, toute une jeunesse «oisive» et «désoeuvrée» comme disent les journaux bourgeois, condamnée au chômage, à la misère et au désespoir, se sont mobilisées au cours de ce vaste mouvement. Toutes ces masses déshéritées, qui n'ont rien à perdre que leur misère sans espoir, pourraient servir de redoutable bélier contre l'ordre bourgeois, comme redoutent les bourgeois, à condition que la classe ouvrière dirigée par son parti révolutionnaire en prenne la tête et donne l'orientation classiste correcte.

En l'absence du parti prolétarien, il est inévitable que les influences d'autres classes prennent le dessus et, malgré tout le courage et la spontanéité des manifestants, orientent le mouvement en faveur de leurs propres intérêts et vers un compromis avec les autorités. C'est ce qu'il est possible de voir de façon cristalline dans ce qui se passe actuellement. Né en lutte ouverte et frontale avec l'Etat et ses représentants, en rupture déclarée avec les divers partis, gouvernementaux ou d'opposition, qui participent aux institutions étatiques, il a été très vite chapeauté par des comités de villages ou de «tribus» (ârch) et, dans les villes, par des comités de quartier ou «comités populaires». L'interclassisme de ces comités et de leurs coordinations était manifeste à la lecture de la plate-forme revendicative adoptée pour la marche qui a rassemblé, selon les estimations des organisateurs, plusieurs centaines de milliers de personnes à Tizi Ouzou le 25 mai. A côté de revendications intéressant au premier chef les masses exploitées (allocation de chômage à tous les sans-emploi, mais fixée à 4000 Dinars, la moitié du salaire minimum; abrogation du code la famille qui maintient les femmes dans un statut d'infériorité légale; indemnité des victimes de la répression, départ des forces de gendarmerie, etc.), les revendications régionalistes revenaient au premier plan (reconnaissance de la langue berbère, adoption par l'Etat d'un plan d'urgence économique pour la Kabylie) ainsi que les revendications de réforme démocratique de l'Etat chères à la petite-bourgeoisie.

Dans la perspective de la grande marche sur Alger, les comités «les plus réactionnaires» de Tizi-Ouzou obtenaient la disparition de la revendication d'abrogation du code de la famille (ces Messieurs veulent rester les maîtres chez eux), de logements, de la levée de l'état d'urgence ainsi que même certaines revendications démocratiques trop «avancées» (comme la revendication soufflée par les enseignants d'une Ecole «publique, moderne, gratuite, ouverte sur le monde»), de la levée de l'état d'urgence, etc. Par contre les revendications régionalistes n'étaient évidemment pas amendées (3).

Après cette manifestation d'Alger où s'étaient rendus des centaines de milliers de jeunes et moins jeunes manifestants (peut-être un million) dont l'écrasante majorité n'avaient que faire de ces manoeuvres de coulisse, la coordination inter-wilayas, effrayée par la campagne des médias à propos des divers incidents et pillages mais surtout par la combativité des masses, condamna solennellement le recours à la violence; elle décida de ne plus appeler à une grande marche de masse, incontrôlable, mais à une manifestations de «délégués» à Alger en juillet qui, ne rassemblant pas plus de 2000 personnes passa à peu près inaperçue. La manifestation suivante au début du mois d'août qui devait avoir pour but d'empêcher le Festival de la Jeunesse fut également un échec en raison de la mobilisation policière.

Le terrorisme de l'état bourgeois
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Le pouvoir a répondu par un déchaînement de violence et une répression sauvage aux manifestations et aux émeutes; mais il a aussi joué la carte de l'usure, du pourrissement et de la diversion. Pour éviter l'extension des troubles, il a d'abord poussé au vieil antagonisme entre Kabyles et Arabes; il a ensuite utilisé le nationalisme en accusant les puissances étrangères (la France en premier lieu) d'être les instigatrices d'un «complot» contre la Nation - parce que le ministre des Affaires Etrangères français avait fait quelques déclarations hypocrites sur les droits de l'homme. L'impérialisme français soutient fondamentalement les dirigeants algériens, soutien qui n'empêche pas, comme toujours dans les relations entre bourgeois quand certains intérêts sont en jeu, les pressions et les frictions pour amener l'Etat plus faible à se ranger aux vues du plus fort. Bouteflika a du s'excuser publiquement d'avoir mis en cause l'impérialisme français. Le pouvoir a ensuite accusé les «trotskystes» et l' «extrême gauche». Mais le rapport de la commission d'enquête officielle, s'il blanchissait les autorités politiques - ce qui était le but recherché - était suffisamment révélateur et accablant sur les exactions des gendarmes, pour enlever toute crédibilité aux tentatives de trouver un bouc-émissaire.

La dernière en date des cartes utilisées est celle que nous avions annoncée, la carte du terrorisme islamiste. Les tueries aveugles attribuées à des commandos islamistes, qui avaient presque complètement cessé, ont soudainement réapparu avec une fréquence et une intensité dans l'horreur redoublées. Les autorités ont aussitôt lancé une campagne pour demander à la population de soutenir l'Etat, la police et l'armée. Mais la ficelle est un peu grosse, ce qui s'est passé à Aïn Ouessara. Le Premier ministre Benflis avait choisi de se rendre dans un quartier misérable pour appeler en présence des médias les habitants à la lutte contre le terrorisme.
«
Je vous appelle à aider l'Etat à vaincre le terrorisme d'abord. Sans la sécurité il n'y aura ni développement économique, ni emplois»,
pérorait Benflis. Mais dans la foule des voix ont répondu:
«
Nous n'avons pas de terroristes»; «Nous avons le terrorisme de l'administration, la corruption, la hogra [mépris-NdlR(4).

Ce terrorisme de l'administration, c'est le terrorisme de l'Etat bourgeois, la domination ouverte, brutale, de la classe bourgeoise qui ne peut pas, comme dans les grands pays capitalistes, être adoucie, atténuée, camouflée par toute une batterie d'amortisseurs sociaux encore bien actifs, par la redistribution de miettes de l'exploitation des prolétaires et des pillages des pays pauvres, qui permettent de faire fonctionner les mécanismes de la démocratie et de la collaboration des classes, qui voilent le fossé entre les classes sociales. En Algérie, pays assis sur un lac de pétrole mais qui n'est classé qu'au 100e rang sur 162 pays pour ce qui est du «développement humain» (indicateur censé tenir compte du bien-être des habitants), où les dépenses de l'Etat en matière de santé publique et d'instruction ont diminué tandis que les dépenses militaires ont doublé en une décennie, les inégalités sociales particulièrement criantes ne sont pas dues à la rapacitéparticulière des bourgeois locaux, mais aux lois du capitalisme qui a besoin de sucer jusqu'à la dernière goutte de sueur des prolétaires, de sauver jusqu'aux plus faibles miettes que ceux-ci pourraient espérer, afin de continuer à s'accumuler et à se développer.

C'est dire que les perspectives petites-bourgeoises de démocratisation qui sont avancées de tous côtés sont destinées à rester de la poudre aux yeux pour les prolétaires et les masses exploitées. La démocratisation entreprise par le pouvoir après les émeutes de 88 n'a rien changé en ce qui concerne la situation des prolétaires (mais elle a permis à des couches un peu plus nombreuses de petits-bourgeois d'accéder à des charges politiques, élargissant l'assise politique des institutions bourgeoises et donc accroissant leur solidité); cette démocratisation n'a absolument pas empêché les cercles dirigeants de déclencher une sanglante guerre civile destinée à terroriser les masses, qui a fait en quelques années des dizaines de milliers de victimes, comptabilisées comme «terroristes islamistes».

Pouvoir assassin! criaient les manifestants. La classe bourgeoise défend en effet sa domination par la force, par la violence, la terreur, l'assassinat. Elle enseigne ainsi aux prolétaires qu'elle ne cédera qu'à la force et à la violence. C'est la leçon des événements actuels, c'est la leçon des émeutes de 1988, c'est la leçon de toute l'histoire de l'Algérie, qui confirme l'enseignement tiré par le marxisme de l'étude de l'histoire du capitalisme. Mais cette violence révolutionnaire qui seule pourra renverser la classe dominante et sa société pourrie, ce n'est pas la violence aveugle de petits groupes isolés dans les montagnes reculées, c'est la violence de la classe ouvrière productrice de toutes les richesses de la société, entraînant derrière elle la masse gigantesque de tous les opprimés et les déshérités pour exproprier les expropriateurs, pour briser l'Etat qui constitue leur organe de défense, et instituer sur ses ruines sa dictature révolutionnaire.

Ulach smah! Pas de pardon! criaient-il aussi. Mais les réconciliateurs s'avancent; au nom de l'union nationale, de la lutte contre le chaos, de la démocratie, ils s'emploient et vont s'employer à calmer les jeunes prolétarisés, à détourner leur juste colère à leur profit, pour leurs intérêts propres. Seule l'organisation intransigeante, sur des bases de classe, autour du programme historique du communisme, du parti prolétarien révolutionnaire, pourra éviter que les bourgeois et petits-bourgeois récupèrent les poussées de lutte les plus généreuses, et les plus massives. C'est là aussi une leçon de l'histoire de l'Algérie et du monde.

Les événements actuels illustrent une nouvelle fois l'importance des tensions sociales qui sont à l'oeuvre dans ce pays et qui explosent régulièrement avec une force éruptive impressionnante. Mais ils montrent aussi avec d'autant plus d'ampleur le besoin impérieux du parti de classe pour que ces explosions ne se dissipent pas sans laisser de trace. Il n'y a pas de tâche plus nécessaire et plus urgente que de travailler à la constitution de ce parti, internationaliste et international.

Voilà la seule perspective non illusoire, la seule perspective réaliste, même si elle ne peut être immédiate que les événements d'Algérie tracent aux prolétaires de ce pays et du monde.

Notes:
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  1. Les Américains lui ont aussi reproché la position algérienne sur la question du Sahara Occidental (pomme de discorde avec le Maroc) et évoqué l'intégration de l'Armée algérienne dans le dispositif de l'OTAN si cette question était réglée. cf «Le Matin», 14/07. [back]
  2. C'est le cas bien sûr du parti social-démocrate FFS qui prétend que le salut de la population dépend d'une intervention internationale, qui multiplie les démarches auprès des grands Etats impérialistes, de l'ONU, de l'OTAN, etc. [back]
  3. cf «Inprecor», mai-juin 2001. Chawki Sahli, dirigeant du PST trotskyste, y écrit que les militants de son parti ont accepté l'abandon de ces revendications
    «
    pour la bonne cause, pour ne pas se couper des structures que s'est donné le mouvement réel».
    Comme toujours l'opportunisme, même d'extrême-gauche, préfère se couper des masses prolétariennes que des «structures» surtout quand elles expriment des intérêts bourgeois. Les femmes ne sont pas admises dans ces comités.
    [back]
  4. cf «Le Quotidien d'Oran», 26/7. [back]

Source: «Le Prolétaire» Nr. 458 juillet à septembre 2001

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