Le stalinisme est mort! Que vive le communisme!
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LE STALINISME EST MORT! QUE VIVE LE COMMUNISME!
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Le stalinisme est mort! Que vive le communisme!
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Le stalinisme est mort! Que vive le communisme!
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De grâce, Messieurs les bourgeois, ne parlez pas de révolution ou de contre-révolution à Moscou! Et vous seigneurs démocrates, on aurait pu vous servir un morceau moins burlesque pour la nouvelle passation de pouvoir en Russie, après 70 ans de parti unique et une confession publique de gestion capitaliste! La vulgarité bien bourgeoise des nationaux staliniens, leurs tirades timorées vous a offert une pièce de boulevard intitulée «Coup d'Etat raté», et dont la mise en scène s'effondre sous la fadeur du bon Gorbatchev parti une semaine à la mer, sous les pantomimes exténuantes des grands méchants représentants de l'Etat qui organisent un coup de palais sans arrêter un seul opposant, sans décrocher un téléphone, sans faire couler le moindre filet de sang, sous les fanfaronnades éculées des démocrates qui ne veulent, ni ne peuvent se débarrasser du vieux personnel stalinisé et momifié dans l'économie planifiée. Et tous ces pseudo maîtres d'œuvre jouant face à un public indifférent de classes travailleuses amorphes ou hostiles; quelques cris d'intellectuels en quête de rôle important à jouer, et les zorros eltsiniens qui font dans les réparties grandiloquentes et grossières, d'une mystérieuse efficacité! Et tout cela avec la bénédiction du pape de la liberté... étoilée, Mister Busch.

Derrière toute cette agitation scénique, l'Etat, la police, l'armée, les banques, n'ont jamais perdu le contrôle de l'ordre et des classes opprimées, malgré le frénétique remplacement des culs bureaucrates par ceux démocrates dans les fauteuils des arcanes.

Le capital russe, réseau d'intérêts financiers à l'échelle continentale, étranglé par la chute du taux de profit (mais pas plus que les «riches» concurrents occidentaux et orientaux), s'incarne dans une vigoureuse et bien vivante classe bourgeoise, composée d'entrepreneurs, de commerçants, de financiers, et de... rentiers. Emancipée de la protection de son état édificateur et accumulateur, parvenue à son plein développement, cette dernière se décide à congédier une caste infinie de fonctionnaires élevés dans le sérail du P.C., caste pléthorique, avide, inefficiente. La bourgeoisie «soviétique» voudrait maintenant se libérer des entraves du parti-Etat, «conservateur», qui jusqu'à hier lui a servi à se donner une colonne vertébrale économique, politique et idéologique pour maintenir l'empire du dedans et du dehors. Cet appareil déconsidéré par la défaite de l'Afghanistan, par la perte de son influence en Europe, par l'abandon de son allié iraquien, est désormais devenu gênant. A l'intérieur de l'empire, niché dans les conseils d'usines, de kolkhozes et de sovkhozes, il résiste au déchaînement de la restructuration qui frappe aussi bien les grands que les petits chefs. L'expropriation proclamée des biens mobiliers et immobiliers du P.C. aurait un poids économique certain, en plus du licenciement de tous les fonctionnaires largement rétribués et subventionnés.

Mais les démocrates, tous ex-nationaux-communistes en fait, ne peuvent s'en tenir aux apparences: la Russie n'est pas Moscou et Léningrad (Pardon, Saint Petersbourg!), et il est peut-être plus facile de reprendre le Smolny que de changer les dirigeants des kolkhozes... Kolkhozes et sovkhozes ne se prennent que par une révolution, et une vraie. La bourgeoisie ne peut les expulser que de l'extérieur, par la faim, avec des prix bas du marché réformé, mais il faut pour cela des décennies et un beau tremblement de terre social, quand on sait que un cinquième de la population se trouve dans le secteur agricole.

Pour le reste, le changement de personnel dans les corridors du Kremlin et dans les parlements républicains et celui de la couleur des drapeaux n'ouvre pas de perspectives nouvelles à la crise capitaliste russe, facette de la crise mondiale de fin de siècle; le difficile n'est pas de faire des programmes de réformes pour une presse «libérale», commune à tous les partis, mais de les réaliser. La démocratie ne nourrit pas, comme le savent les ouvriers des chantiers de Dantzig, et peut-être déjà ceux des mines du Donbass, même si elle déverse plus de vodka.

Les mêmes accents nationalistes, grands russes d'un côté, indépendantistes de l'autre, ne préludent pas à un démembrement de l'empire, mais servent de pâture démagogique à la petite bourgeoisie, partout et toujours aussi odieuse, et qui ne connaît pas d'autres idéaux. La bourgeoisie a désormais un seul projet historique: la réaction, et elle nie jusqu'à son passé nationaliste. Seule une guerre impérialiste changera les frontières imposées par la précédente. L'exception de l'Allemagne le confirme. La systématisation impérialiste mondiale est source d'énormes tensions prêtes à exploser, mais elle est aussi paralysée par d'innombrables vetos croisés. Le condominium russo-américain sur le monde sert avant tout aux U.S.A. avec en second les Russes, et contre les concurrents réels, l'Allemagne et le Japon. Les petites républiques baltes - de quelques millions d'habitants! - ne seront jamais réellement indépendantes, insérées, comme les Ukrainiens, les Russes blancs et les asiatiques, dans le même tissu économique, et sous la couverture atomique de la même armée.

Le vrai problème de l'impérialisme russe est celui de trouver son orientation dans le polygone mondial des forces diplomatiques et militaires; l'ours russe au lieu de lécher goulûment le miel empoisonné de la liberté américaine, ou de quémander les aides de la maison commune européenne, pourrait demain découvrir des maisons bien plus «communautaires» en Asie...

Nous nions l'affirmation selon laquelle le stalinisme, ce faux communisme trompeur, pourrait ressusciter demain pour des buts toujours antiprolétariens, comme nous nions celle qui voit aujourd'hui la victoire de la Démocratie: le gène démocratique et pacifique est récessif, celui fasciste et belliciste dominant, dans la carte chromosomique du capital. En août 91 à Moscou nous n'avons pas assisté à la victoire de la paix et de la liberté, mais à une nouvelle étape vers la guerre et l'oppression entre les Etats.

Et si aujourd'hui les bourgeoisies célèbrent avec obscénité la mort du communisme dont il font abattre par le sous prolétariat des métropoles russes les statues fétichistes dressées par les staliniens, c'est pour mieux aggraver le défaitisme et la démoralisation des masses prolétariennes frappées de toutes parts par les méfaits de la crise économique du capital. Oui, le communisme a été écrasé, non pas en 1991, mais en 1926, et pas seulement en Russie! Aujourd'hui le stalinisme, son bourreau, tombe à son tour, et avec lui les maigres illusions qui pouvaient encore égarer les prolétaires. Quant au capitalisme, messieurs les bourgeois, il est bien mal en point! La faucille du communisme le fauchera peut-être bientôt.

Le stalinisme est mort! Que vive le communisme!

Source: «La Gauche Communiste», No.20, Décembre 1991, p.8-10

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